L'émission oulipienne bien connue de France Culture, Des Papous dans la tête, animée par Françoise Trossard (diffusée le dimanche de 12h45 à 14h), propose depuis peu une rubrique de création textuelle originale puisque les écrivains autour du micro doivent livrer (et donc créer) une semaine entière d'un journal intime fictif. L'enjeu littéraire, comme c'est la règle, est de se moquer des travers et des tics des formes littéraires qu'ils imitent. Le délire est souvent présent. Mieux, on perçoit dans cet exercice que le journal intime est souvent perçu par les écrivains de l'émission comme un genre qui génère l'ennui, qui s'occupe des petits faits de l'existence et qui contextualise à outrance. Aujourd'hui, Dominique Muller notait dans son texte un aphorisme amusant, qui définit assez bien la constance du diariste, enfermé dans son besoin de noter le moindre événement le concernant : "Je ne vais pas commencer à sauter des jours car c'est mon journal intime que je veux écrire, pas un gruyère". La question des "trous", des silences, des parenthèses, est une des questions les plus charnellement récurrentes de cette forme de littérature. Car on voit qu'elle colle à une temporalité qui ne s'arrête pas, alors que la temporalité romanesque ou théâtrale, par exemples, peut totalement être déconnectée du présent de l'écriture.

9782070785001FS

On peut écouter et podcaster l'émission sur le site de France Culture.

Il existe un dictionnaire Des Papous dans la tête chez Gallimard (photo)