Je suis intervenu au sein du Colloque de l'Université de Caen au programme riche, varié, et au titre qui laissait place à toutes sortes d'études sur des facéties imaginaires et artistiques : "TIME'S EXCESSES" (les folies du temps, 27 et 28 mai 2011). 

Programme consultable ici : communications

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Mon propos avait pour objet

" Une folle liberté que je dois maîtriser pour me dire :

endochronies du journal intime "

 

En voici l'ABSTRACT :


 

Le journal intime, forme littéraire hybride et sans contrainte, dont l'âge d'or historique se situe entre 1820 (Stendhal - Amiel) et 1940 (Gide), est le symbole d'une textualité écartelée entre les valeurs d'une exigence de vérité, issue de l'autobiographie rousseauiste, et l'abandon à soi-même qui permet les extravagances les plus folles. L'objet de notre étude portera sur les deux défis que comporte cette écriture : dire le présent le plus immédiat avec ce goût de l'authenticité qui l'estampille, libérer une mise en scène de la réaction, mais aussi, et peut-être surtout, échapper au vertige de cette écriture sans projet afin de traduire en soi une hypothétique et universelle maîtrise.

 

 

 

Après un examen rapide des temporalités qui permettent de faire la différence entre les 5 types de récits de vie (mémoires, autobiographie, roman autobiographique, autofiction et journal intime), je développerai l'idée que, dans le cas du journal, l'unité de la journée devrait constituer le temps du bilan où s'exerce la liberté du dire, dans la mesure où les diaristes tiennent à une auto-destination garante du secret de leurs extravagances. Or, paradoxe surprenant, on découvre à la lecture de ces textes libres, c'est-à-dire non normés par l'usage d'un genre, une volonté de contrer les folies de l'introspection. Le journal intime, qu'il soit « littéraire » ou non, met au cœur de sa pratique le carcan du temps pour se constituer en texte.

 

 

 

Mon propos sera de relever ces conduites normatives pour mettre en lumière le besoin de maîtriser le temps. Parmi elles, on pourra étudier les notions d'entassement et de succession que la datation et la numérotation des cahiers engendrent, l'obsession de l'horaire, l'évaluation chiffrée des comportements du jour, les prédictions et les efforts pour s'amender, les rituels d'écriture, l'angoisse existentielle du trou (Nulla dies sine linea), les citations comme généralisation morale dé-temporalisante, la relecture comme fracture de l'instant et construction d'une permanence, enfin la stylistique du calcul, garante de la stabilité du moi.

 

 

 

Ce qui se joue, dans ces textes personnels voire secrets, c'est un langage profondément lié à ces dispositifs de traduction d'un temps intérieur sans cesse convoqué, qu'on osera ici nommer des « endochronies ». Les exemples pris au cours de mon exposé seront puisés dans les journaux intimes d'Amiel, Maine de Biran, Stendhal, Constant, mais aussi d'écrivains et personnalités du XXe siècle, qui, alors que la publication change la donne, ont gardé instinctivement trace de ces pratiques.

 


Bien évidemment, Amiel fut au coeur de mon exposé. Parution dans la Revue LISA, Université de Caen, sans doute dans le courant 2012.